Le jardin de Babylone

source Sens critique
Ouvrage

Publié pour la première fois en 1969, Le Jardin de Babylone est parmi la vingtaine de livres de Bernard Charbonneau [1] celui où il s’est plus particulièrement attaché à montrer comment, après avoir ravagé la nature, la société industrielle finissait de l’anéantir en la « protégeant », en l’organisant. Le « sentiment de la nature » et la compassion envers elle, si présents chez les professionnels de l’écologisme politique, étaient alors interprétés magistralement comme le produit même des sociétés industrielles. Et ce n’est pas le moindre mérite de cet ouvrage que d’avoir dénoncé si tôt ce que devait nécessairement devenir la « défense de la nature » dès lors qu’elle séparait sa cause de celle de la liberté. « L’indigne régression que constitue de ce point de vue l’écologisme politique écrit ainsi les éditions de l’encyclopédie des Nuisances, était ainsi jugée là par avance » [2]. Charbonneau écrivait ainsi au lendemain de la candidature de Dumont, « la rapidité avec laquelle la société industrielle a récupéré le mouvement écologique s’explique par des raisons que l’on peut ramener à deux : 1) Elle ne peut continuer quelque temps de plus à détruire la nature que si elle contrôle un peu mieux ses propres nuisances. Il est évident que si l’on ne dépollue pas les rivières, les usines s’arrêteront de tourner parce que l’eau deviendra inutilisable. Et cette dépollution est appelée à devenir la grande affaire de demain. 2) Dans la mesure ou le matériel humain, notamment la jeunesse, réagit au monde invivable que lui fait la croissance, il importe de contrôler ses réactions en lui fournissant les divers placebos intellectuels qui les détourneront dans l’imaginaire » [3]. On se demande parfois si les illusionnés de la politique parmi nos actuels objecteurs de croissance ne reproduisent pas à la lettre près les mêmes travers et mêmes ambiguïtés que Charbonneau analysait dans le « mouvement écologiste » au milieu des années soixante-dix. La comparaison est vraiment frappante.

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